Sara Conti

Sara Conti

Sara Conti est née en 1971 à Baudour . Elle vit toujours en Belgique où elle réalise de nombreux projets. En 1989, sa mère l’emmène visiter Moscou et Saint-Pétersbourg, où elle découvre les poupées russes. Toutefois, ses premières représentations datent de 2006 et sont imaginées à partir d’un workshop auquel elle est invitée par la communauté slovène de Trieste.

Sara Conti peuple sa Belgique natale de créatures singulières au Plat Pays : Les Matriochkas. Voluptueuses et généreuses, les figures de poupées aux contours simplifiés que signe l’artiste offrent à voir leurs attributs féminins et sexuels, mais demeurent relativement mutiques quant au message délivré. La poupée, par exemple, se fait papesse et salue le Vatican : Ciao Roma. Ou bien se dote d’un chapeau et sonne les cloches du carnaval de Binche, le plus célèbre de Belgique.

Placardée à Mons, son effigie invoque le Soleil Noir ou décore la devanture du Café Central à Bruxelles pour alerter sur les méfaits du nucléaire. Sara Conti associe ses poupées à une image maternelle, elle les qualifie de Vénus de Willendorf du vingt et unième siècle. Cette statuette du paléolithique supérieur est en effet devenue l’icône de notre mère à tous, ses rondeurs symbolisant la beauté et la fertilité.

Mais la Vénus de Conti se veut plus expressive. Elle renferme les angoisses et les désirs de sa créatrice. Comme dans les poupées russes, on ne sait jamais ce qui se cache derrière, mais la mort est récurrente et se découvre aussi par la présence de squelettes. D’origine italienne, Sara Conti a reçu une éducation catholique à laquelle elle se réfère de façon plus ou moins consciente. L’Ancien et le Nouveau Testament demeurent l’une de ses sources d’inspiration. « J’adore l’idée de Judas et de Jésus. Pour moi, ce sont des personnages de bande dessinées, que j’affectionne, et ils évoquent souvent des histoires et des sentiments humains ».

Décrire les grandes passions est ainsi le rôle des matriochkas. Mais ces poupées sont quelques peu revendicatrices en affichant leurs tétons alors qu’elles sont pape. Elles s’invitent d’ailleurs souvent dans des univers masculins ou se dévoilent nues en public. En échange, une série de dessins représente des saints qui donneraient une partie de leur anatomie pour la femme qu’ils aiment. Saint Billy offrirait ses lèvres.

Saint Kevin son bras, Saint Brandon sa main……. Les nus ne sont pas forcément érotiques, mais évocateurs. Sara Conti emploie la photocopie grand format, ensuite collée dans les espaces publics, pour disséminer en douceur son message . Ses lignes sont souvent simples et claires et ses dessins témoignent d’une régularité, voire d’une symétrie des motifs. Les oeuvres sont destinées à disparaître d’ellesmêmes, au fil du temps, des dégradationsnaturelles ou occasionnées par les passants, ramenant là encore à la disparition et à la mort. « Je m’identifie pas mal à cette matriochka. Elle me permet de m’exprimer sur ce qui me touche, sur ce qu’il se passe parfois en moi ou autour de moi et sur l’absurdité de la société dans laquelle nous vivons. Ce qui fait dire à beaucoup que mon travail est féministe. Mais cela n’est pas volontaire. J’aime mélanger la légèreté et le sérieux. »

Tiré de « 100 artistes du Street Art », Editions de La Martinière – Textes de Marie Maertens, sous la direction de Paul Ardenne.